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18 avril 2008

Diniz marche à gauche

a4e03c717828cd4e008c69729dd7f2da.jpgLes Français découvrent Yohann Diniz en août 2006. Le marcheur, 28 ans, cheveux longs et un peu maigrelet pour ses 1,85m, devient champion d’Europe du 50km, après 3h41 de souffrance sous une pluie battante. Un an plus tard, il est deuxième aux championnats du monde. 

Le 22 août prochain, il espère bien atteindre la consécration aux JO. Il aura alors avalé des milliers de kilomètres d’entraînement. «De 15 à 40 km le matin, selon la période de l’année ». Le soir, c’est récupération. « Pas plus de 8 km ». Rien que ça. Et bien entendu, le tout avec « ce geste du bassin "du cul qui tourne" pas très conventionnel », mais que Diniz trouve «beau ». 

Une discipline ingrate, la marche. La jambe doit être tendue tant que le pied est au sol. Souvent, ça vire au drame. A quelques kilomètres de l’arrivée, un juge vient agiter un petit drapeau rouge devant le marcheur. Disqualifié. Motif ? Il a décollé le pied trop vite. 

Souvent disqualifié, Diniz a changé sa technique, « trop risquée ». Aussitôt, les bons résultats suivent. (Vidéos de la technique de course ici). Son entraîneur, l’ancien marcheur Denis Langlois, le trouvait  « excessif un peu dans tout. Jamais rassasié. Parfois, il est tellement dans son truc qu’il ne se rend pas compte qu’il peut avoir des attitudes blessantes, par maladresse » explique-t-il. Diniz s’est calmé, assagi. Grâce à la paternité, peut- être. Père d’un petit garçon de deux ans, il vit avec Céline, professeur de français, depuis six ans. Elle l’ équilibre. 

Diniz grandit dans un milieu ouvrier. Il se met tardivement à la marche, en 2000. Il a alors 22 ans, une licence d’œnologie, et s’éclate plutôt dans les « chouilles entre potes » que sur les pistes d’athlétisme. Mais il prend conscience de ses capacités. Faute de temps, il doit abandonner son activité de militant à la LCR. C’est cet engagement politique qui l’a sorti de ses écarts, parfois trash : LSD, ecstasy… Aujourd’hui, son cœur reste à gauche. Un discours engagé, plutôt atypique dans le milieu sportif. En septembre dernier, au journaliste de Libération qui le suivait, il disait lire « Kundera, Vargas Llosa, Malraux, Baudelaire, ce que [sa] femme [lui] fait découvrir, le Manifeste du Parti communiste et des trucs un peu rouges » .

Yohann Diniz s’est dit prêt à boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux en posant pour l’Equipe Magazine, avec dans ses mains le portrait d’un prisonnier politique chinois. Mais il reste dubitatif sur les possibilités d’action des sportifs, et regrette le double langage des politiques : « Pourquoi n’a-t-on rien dit quand Sarkozy est venu en VRP vendre des Airbus et des centrales nucléaires à Pékin ? » 

A bientôt 30 ans, Diniz n’oublie pas d’où il vient. Il habite un F3 à Soissons (Aisne) et sait qu’il est « un privilégié ». Après pas mal de galères, longtemps emploi jeune, aujourd’hui Diniz marche droit.

Sylvain Mouillard

13:38 Publié dans JO Express | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diniz, marche, JO, engagement

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