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17 mars 2008

La machine à champions peut-elle se détraquer?

Pour les hôtes des JO, l’objectif est simple, impératif, obsédant: Détrôner les Etats-Unis sur la plus haute marche du podium olympique. Pour y parvenir, les méthodes d’entraînement les plus radicales sont employées… A bon escient?


La polémique avait été lancée en 2005 par Matthew Pinsent, quadruple champion olympique d’aviron et ex-membre du CIO. « Je pense que ces gamins sont maltraités », avait déclaré le champion britannique après avoir visité une « usine à champions », comme on appelle parfois les écoles de formation des futurs athlètes chinois. Sur les ondes de la BBC, il évoquait son malaise à la vue d’élèves extrêmement jeunes, qui souffraient visiblement à l’entraînement, n’hésitant pas à exprimer des soupçons de violences physiques sur les enfants.

La réponse du directeur de l’école incriminée, Liu Hongbin, est éloquente : «Le concept de violence et d'abus est différent d'un pays et d'une culture à l'autre». Le reproche d’une conception occidentale trop étriquée du bien-être des athlètes plane dans tous les propos des coaches chinois. « Les gens qui affirment que c’est trop dur n’ont rien compris. En gymnastique, on doit sélectionner les enfants dès leur plus jeune âge », se défend Wang Zithian, professeur de gymnastique à Schi Cha Hai, la même école visitée par Matthew Pinsent.

Un métier plus qu’une passion

Pour comprendre les méthodes pour le moins radicales du coaching à la chinoise, il faut se rappeler la volonté de Mao Zedong , encore pregnante dans le système sportif chinois, de faire des athlètes les étendards de la puissance chinoise. Repérés dès le plus jeune âge, les sportifs les plus talentueux intègrent l’une des 3000 écoles du pays, parmi lesquelles Schi Cha Hai est la plus cotée. Là, ils subissent un entraînement intensif, contre la prise en charge de tous leurs frais (voir l’extrait d’un reportage éloquent de France 5 sur l’une de ces écoles). Durant leur scolarité, les athlètes reçoivent un salaire de fonctionnaire, qui sert souvent à faire vivre leur famille. Le sport peut alors devenir un gagne-pain, un travail plus qu’une passion… Est-ce le facteur de motivation le plus efficace pour remporter une médaille ?

Un sur-entraînement contre-productif ?

C’est une question qui fait débat, à quelques mois du début des JO. Certains entraîneurs occidentaux, recrutés par les équipes chinoises pour l’occasion, parlent d’une conception dangereuse du coaching, qui consisterait à copier le programme d’entraînement « à l’occidentale »… et de doubler systématiquement la dose. Tout en rappelant chaque jour aux athlètes que l’or est le seul objectif. « Avec tout ce stress, ils vont péter un plomb », affirme Diederik De Boorder, un coach hollandais qui a déjà travaillé en Chine.

Il semblerait que les dirigeants sportifs chinois commencent à se soucier du problème. On apprenait la semaine dernière dans « China Daily » que les athlètes olympiques disposeront, à partir d’avril, d’un « site de consultation psychologique en ligne », pour un soutien moral à toute heure du jour et de la nuit, par mail, par texto, ou même en tête à tête… « Un esprit sain dans un corps sain », encore une méthode de coaching piquée aux occidentaux!

Natalène Mounier

 
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